La pénitence
Un jeune prêtre, qui sortait tout juste du grand séminaire, fut nommé dans un bourg du domaine de Gruo, anciennement Ghaior, auprès d'un curé expérimenté qui devait lui apprendre les meilleures recettes pour s'acquitter dignement du ministère sacerdotal.
Le curé, avec patience et bonté, lui prodigua ses conseils, non seulement au sujet de la célébration des messes, mais également sur les rapports qu'il devait entretenir avec les habitants du domaine. Le jeune prêtre écouta bien attentivement les enseignements de son aîné et les mit à exécution. Il s'en tirait le mieux possible et le vieux curé était très satisfait des progrès de son disciple.
Cependant, il y avait une chose qui ennuyait le jeune prêtre : la confession. Il ne savait en effet jamais quelle pénitence il fallait donner au pauvres pécheurs qui venait s'accuser devant le Divin tribunal.
Un jour à la confesse, un homme énuméra un certain nombre de peccadilles pour lesquelles il n'y avait pas de quoi fouetter un chat. Puis à la fin, il murmura : "Je me suis fait tailler une bonne pipe…" L'homme s'en tira avec trois pater et trois ave puis, il reçu l'absolution.
Mais le soir venu, pendant le souper, au presbytère, le jeune prêtre se sentit pris par de louables scrupules.
-Monsieur le curé, dit-il, je suis très ennuyé : je ne sais jamais quel est le degré de culpabilité de ceux qui viennent à la confesse et j'hésite toujours lorsque vient le temps de donner la pénitence.
-Mon fils, répondit le vieux, c'est selon votre conscience.
-C'est vrai, reprit le jeune prêtre, mais parfois je me sens vraiment incapable de juger de la gravité de la faute. Et vous, par exemple, monsieur le curé, combien donnez-vous pour s'être fait tailler une bonne pipe ?
-Moi, répondit rêveusement le curé, je donne toujours cinquante solars.
Origine non précisée, vers 965.
{Retour}