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Le cuisinier

Un riche monsieur de Ladakh avait un jour besoin d'un cuisinier. Il fit battre tambour sur la place du marché et, bientôt, un jeune homme qui avait très bonne mine vint le trouver chez lui.
- Je suis cuisinier, dit-il, et je viens vous offrir mes services.
- Fort bien, répondit le monsieur. Comment vous appelez-vous ?
- Oh ! Monsieur, je n'ose pas vous le dire, car c'est un nom bien trop vilain.
- Il faut me le dire quand même, sinon je ne vous engagerai pas.
- Monsieur, je vous prie de m'excuser, mais mon nom est " Mes-couilles-par-derrière ".
- Effectivement, dit le monsieur, ce n'est pas un très joli nom. Enfin, tant pis. L'essentiel est que vous sachiez bien faire la cuisine.
- Oh ! Pour ça, monsieur, soyez bien tranquille ! S'écria le jeune homme. Je vous garantis que vous ne serez pas déçu. Je vous mijoterai les meilleurs plats du monde.
- J'y compte bien, dit le monsieur. Et bien ! Vous commencerez tout de suite. Allez vous présenter à ma femme, à ma fille, à la servante et au cocher. On vous indiquera où se trouve la cuisine et où sont les réserves.

Le jeune homme rencontra la dame et lui dit :
- Bonjour, madame, je vous présente mes respects. Je suis le cuisinier que votre mari vient d'engager.
- Très bien, répondit la dame. Et comment vous appelez-vous ?
- Oh ! Je n'ose pas vous le dire, J'ai un bien trop vilain nom.
- Il faut pourtant que je le sache, reprit la dame. Autrement, comment ferais-je si j'ai besoin de vous ?
- Madame, je vous prie de m'excuser. On m'appelle Latouffe.
- En effet, dit la dame, ce n'est pas un nom très joli. Mais qu'importe, si vous savez bien faire la cuisine.

Il continua et rencontra la fille du monsieur.
- Bonjour mademoiselle, je suis le nouveau cuisinier.
- Ah ! Dit-elle. Je suis bien contente, car je suis très gourmande. J'espère que vous saurez préparer de bonnes choses.
- Oh ! Pour cela mademoiselle, répondit le jeune homme, faites-moi confiance. Je suis le meilleur cuisinier de tout le pays.
- Et comment vous appelez-vous, mon ami ?
- J'ai presque honte de le dire. Je porte un nom bien bizarre. Je m'appelle Lasauce.
La jeune fille se mit à rire. C'est un nom qui va bien à un cuisinier, dit-elle.

Il rencontra ensuite la servante.
- Bonjour, dit-il. Je suis le nouveau cuisiner. Je voudrais que vous m'indiquiez où se trouve la cuisine.
- C'est facile, répondit la servante. Je vais vous y conduire. Mais quel est votre nom ?
- Oh ! C'est un nom bien commun : je m'appelle Lechat.
- C'est un nom qui en vaut un autre.
La servante l'amena jusqu'à la cuisine et lui indiqua où étaient entassées les réserves.

Le jeune homme y alla et rencontra le cocher.
- Qui êtes-vous ? Demanda celui-ci.
- Je suis le nouveau cuisinier et je m'appelle Lepot, répondit le jeune homme.

Il se mit en devoir de préparer le repas du soir. Il y avait ce qu'il fallait, et il s'efforça de faire pour le mieux. Quand ils furent à table, le monsieur, la dame et leur fille se régalèrent, car le cuisinier s'était surpassé. La fille surtout ne tarissait pas d'éloges et reprenait sans arrêt de la sauce.
- Que cette sauce est bonne ! Disait-elle.
- N'en mange pas trop, lui dit sa mère, cela risque de te faire mal.
Mais la fille ne l'écoutait pas et elle termina tout ce qui restait de sauce en trempant son pain à même le chaudron.

Quand le repas fut terminé, les maîtres allèrent dans leur chambre et les domestiques firent le tour de la maison pour vérifier que tout était dans l'ordre. Le cuisiner était allé dans le cellier et, voyant qu'il y avait un tonneau de vin, il s'allongea dessous et but largement à même la clef.

Le cocher qui passait par là s'en aperçut. Il monta vite pour prévenir son maître.
- Monsieur, dit-il, Lepot est sous le tonneau !
- Très bien, répondit le monsieur, comme cela, il n'y aura pas une goutte de vin perdue !

Quand il eut bien bu, le cuisinier, au lieu d'aller se coucher sur la paillasse qu'on lui avait préparée, s'assit sur un banc dans la cheminée. La servante le vit ainsi et alla dire à son maître :
- Monsieur ! Lechat est dans le foyer !
- Hé bien ! Répondit le monsieur, il me semble que c'est sa place. Ne viens plus me déranger pour des sottises !

Quand il vit que le cocher et la servante s'étaient couchés, le cuisinier quitta le foyer et, très doucement, il entra dans la chambre de la jeune fille. Et il ne fut pas long à la besogner.
- Maman ! Cria-t-elle, Lasauce me fait mal !
- Je te l'avais bien dit ! Répondit la mère. C'est bien ce qui arrive quand on se goinfre trop !

Mais la fille continuait à crier. La mère quitta son lit et alla jusqu'à la chambre de sa fille. Elle ouvrit la porte et vit le cuisinier qui la bourriquait joyeusement à grands coups de reins. Elle se précipita dans la chambre de son mari et lui cria :
- Viens vite ! Latouffe est entre les cuisses de notre fille !
- Espèce d'imbécile ! Répliqua le monsieur. N'est-ce pas sa place ? Et où l'as-tu toi-même ? Qu'on me laisse dormir et qu'on ne me dérange plus avec de telles sornettes !

Cependant, comme le vacarme devenait assourdissant dans la maison, tout le monde se leva. Le cocher, la servante, le monsieur et sa dame, tous en chemise, firent irruption dans la chambre de la fille. Le cuisinier, se voyant découvert, sauta hors du lit et sauta par la fenêtre qui était restée ouverte. Quant au monsieur, qui avait bien compris ce qui s'était passé, il s'écria :
- Vite ! Attrapez Mes-couilles-par-derrière !
Ce fut aussitôt fait. Et pendant ce temps-là, le cuisiner s'enfuit sans demander son reste. Il court encore. Mais le monsieur passe son temps à soigner ses couilles endolories.

Recueilli dans le domaine de Phala, vers 900.

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